Mise à jour des effectifs et paramètres démographiques de la population de loups en France : conséquences sur la viabilité de la population à long terme

Mise à jour des effectifs et paramètres démographiques de la population de loups en France : conséquences sur la viabilité de la population à long terme

L’effort d’analyse consenti pour compléter l’échantillonnage génétique annuel sur l’ensemble de la France a permis d’actualiser à la fois les méthodes de calibration et les modèles démographiques de la population de loups en 2019. Le scénario qui supposerait que la population fonctionne comme avant le renforcement des prélèvements de loups donnerait une projection d’environ 700 loups à l’horizon 2020. Or celui-ci ignore l’augmentation de mortalité, due au relèvement de la politique de tir dérogatoire, ou supposerait que la population serait capable de compenser la majorité de cette mortalité. Le modèle concurrent d’un changement de projection (calibration par segment) semble pour la première fois d’une meilleure qualité d’ajustement au regard des données observées d’effectifs (CMR). Bien que fragile car dépendant des quelques derniers points de 2016 à 2019, ce constat de changement de dynamique est corroboré par l’estimation de la survie qui passe de 74% à 58 % aux portes du seuil de mortalité moyen de 34 % (avec sa marge d’incertitude variant de 13 à 55 %) supportable par une population au-delà duquel la population entre en décroissance.

Plusieurs signaux montrent une dégradation de la dynamique de la population (passage d’une population en croissance à une population stable selon le taux de croissance, baisse de la survie). Ces signaux sont à mettre en regard de la politique de gestion indexée sur les effectifs et constituent une alerte nécessitant une attention particulière dans un cadre adaptatif des règles si l’objectif reste le maintien d’une croissance positive de la population sensu la réglementation internationale. Une contribution à l’expansion géographique (pour l’instant une seule meute hors Alpes) ou la possibilité de compensation des effets des tirs restent possible. Dans le cas inverse, la marge de mortalité additionnelle atteint son plafond avec un risque non négligeable de tendance à la baisse démographique si celui-ci était maintenu au long court. La précaution qui s’impose est donc d’inscrire l’évaluation de la population dans une démarche « pas à pas » à courtes échéances, pour compenser la non prévisibilité du système démographique à long terme et anticiper le cas échéant un scénario qui placerait la population en dessous du seuil recommandé par l’Exco.

La gestion de l’espèce par les tirs – si telle était la volonté de l’Etat- doit avant tout reposer sur un objectif de gestion des attaques aux troupeaux et non de contrôle des effectifs. S’il est tentant d’aborder la question en indexant un nombre de loups à prélever sur l’effectif total de la population, cette approche est à éviter car les risques observés pour les troupeaux ne sont pas forcément directement proportionnels aux densités d’animaux, particulièrement sur les espèces territoriales et sociales comme le loup. Ainsi les mécanismes de compensations, ainsi que le caractère territorial et social d’une espèce comme le loup, empêchent toute relation proportionnelle entre le nombre de loups prélevés et le nombre d’attaques. Le système reste plus complexe qu’une simple corrélation, et le nombre d’attaques n’est pas uniquement lié au nombre de loups, mais aussi dépendant d’une multitude de facteurs biologiques, topographiques, ou encore humain.

Vous trouverez l’intégralité de la note technique ici.

OFB, Equipe loup-lynx